Guide de l'artisan
L'abat-jour juponné
En bref
Un abat-jour juponné est un abat-jour composé d'un corps principal habillé de tissu et d'une jupe de tissu plissé ou froufroutant, qui descend librement depuis un anneau de col — souvent en laiton doré — posé à mi-hauteur ou en bas de la carcasse. Cette double structure lui confère un mouvement et une légèreté uniques, qui rappellent les jupes à cerceaux du Second Empire et les tutus de la danse classique. C'est l'un des styles les plus élaborés et les plus prestiéux de l'abat-jour artisanal français.
Origines et histoire du juponné
L'abat-jour juponné est né dans la France du XIXe siècle, au cœur du Second Empire. Son nom vient du jupon — le sous-vêtement frangé et froufrou qui structurait les robes à crinoline — dont il reproduit fidement la silhouette évasée et voluptueuse. Les artisans abat-jouristes de l'époque, installés pour la plupart dans le Sentier et le Marais parisiens, imaginaient des luminaires entièrement à la main pour meubler les salons bourgeois et les hôtels particuliers.
La forme connut un second âge d'or à la Belle Époque et dans les années folles. Les maisons de couture comme Worth, Poiret et Chanel influencèrent directement les arts décoratifs : le juponné s'orna de franges de soie, de pompons et de passementeries géométriques, reflets du goût de l'époque pour l'ornement et le luxe accessible. Cette période consacra l'anneau de col en laiton doré comme élément distinctif, permettant de séparer visuellement le corps de la jupe.
Aujourd'hui, l'abat-jour juponné est l'apanage des ateliers artisanaux qui maintiennent vivant ce savoir-faire rare. Sa fabrication mobilise des compétences de couturerie fine, de passementerie et de travail sur carcasse métallique que seul un abat-jouriste expérimenté peut maîtriser.
Anatomie d'un abat-jour juponné
Un abat-jour juponné se compose de trois éléments essentiels :
- Le corps : la partie principale, tendue sur la carcasse métallique. Il peut être conique, cylindrique ou empire selon le style choisi. Le tissu est fixé en tension pour obtenir une surface lisse et uniforme.
- L'anneau de col : un cercle métallique (laiton, bronze ou fer peint), posé à la jonction entre le corps et la jupe. Il structure l'ensemble, guide la jupe et constitue l'élément de joaillerie de l'abat-jour. Sa finition — dorée, argentée, patine antique — détermine le caracteère de la pièce.
- La jupe : le tissu plissé, froufrou ou à franges, suspendu librement depuis l'anneau de col. C'est elle qui donne au juponné tout son mouvement, sa légèreté et son caractère féminin et précieux.
C'est la combinaison de ces trois éléments — corps, col et jupe — qui fait du juponné un abat-jour d'une complexité technique et d'une élégance sans égal dans la tradition française.
Les différentes variantes du juponné
Juponné à col classique
La version la plus traditionnelle : le tissu est tendu sur la carcasse puis une jupe plissée ou froufroutante descend librement depuis un anneau de col posé à mi-hauteur. L’anneau, généralement en laiton doré, marque visuellement la séparation entre le corps et la jupe.
Empire juponné
Inspiré de la forme empire dont la silhouette s’évase largement vers le bas, cet abat-jour ajoute une jupe libre et légère qui amplifie encore le mouvement. Il s’adapte aussi bien aux lampes de sol qu’aux lampadaires d’intérieur et convient parfaitement aux grandes pièces à plafond haut.
Ballerine juponnée
Variante plus contemporaine, la ballerine juponnée emprunte sa silhouette au tutu de danse classique : un corps ajusté sur la carcasse et une jupe ample à plusieurs volants superposés. Le résultat est à la fois athétique et féminin, idéal pour une chambre ou un dressing.
Juponné à franges
Dans cette version, la jupe est constituée d’une ou plusieurs rangées de franges (soie, coton, perles) fixées sur un galon cousus à l’anneau de col. Le mouvement des franges au moindre souffle d’air crée un effet vivant et précieux, typique des abat-jour de la Belle Époque et des années folles.
Tissus et matières nobles
Le choix des tissus est déterminant pour l'identité du juponné. Le corps — la partie principale — appelle des matières à la fois nobles et stables : soie sauvage, shantung, moiré, lin ou coton égyptien. Ces tissus supportent la tension et gardent leur aplomb sous la chaleur de l'ampoule.
La jupe demande, elle, des matières légères et fluides. L'organza de soie reste la référence absolue : transparente, leste et vaporeuse, il capte la lumière et crée un halo d'une infinie douceur. La mousseline, le tulle de soie et la batiste de coton constituent de très belles alternatives selon le budget et le rendu souhaité. Pour la version à franges, la passementerie de soie tressée à la main reste la finition la plus noble.
Dans mon atelier, je sélectionne les tissus auprès des meilleurs éditeurs européens : maisons lyonnaises pour la soie, fournisseurs normands pour le lin, spécialistes parisiens de la passementerie. Chaque matière est testée à la lumière avant d'être retenue.
Fabrication artisanale : un savoir-faire d'exception
L'abat-jour juponné est l'une des formes les plus complexes à réaliser en abat-jour artisanal. Sa fabrication se déroule en plusieurs phases successives et distinctes qui exigent chacune un savoir-faire spécifique.
La carcasse métallique est d'abord façonnée sur mesure par un carcassier : elle définit la forme du corps et le diametre exact où sera posé l'anneau de col. Le tissu du corps est ensuite coupé en biais pour épouser les courbes, puis tendu main à main sur la structure avec une précision millimétrique. Trop lâche, il gondole ; trop tendu, il déforme la carcasse.
L'anneau de col est ensuite posé et fixé au point précis qui sépare le corps de la jupe. C'est lui qui guidera la tenue de la jupe et devra résister au poids des franges ou des volants au fil du temps.
La jupe est taillée dans le tissu vaporeux, plissée ou froncée selon le style voulu, puis cousue à la main sur le galon de col. Les passementeries — galons, franges, pompons — sont ajoutées au point finale après un ultime test de lumière qui vérifie l'équilibre chromatique et la diffusion lumineuse de l'ensemble.
Comment choisir son abat-jour juponné ?
Le juponné se prête avant tout aux intérieurs classiques, romantiques et féminins : chambre, dressing, salon de style, bôudoir. Son mouvement et sa légèreté apportent vie et charme dans des espaces qui cherchent à la fois le confort visuel et le raffinement du détail.
Pour choisir la variante la plus adaptée, posez-vous trois questions :
- Quelle hauteur de pied de lampe ? Pour un pied haut (>50 cm), préférez un juponné à col classique ou un empire juponné. Pour un pied court, la ballerine juponnée est plus équilibrée.
- Quel degré d'ornement ? Si vous souhaitez un effet très décoratif, optez pour le juponné à franges. Pour plus de sobriété, un juponné à col avec jupe d'organza ivoire suffit à créer un effet saisissant.
- Quel style d'intérieur ? Dans un intérieur classique ou haussmannien, la version à col et jupe plissée est parfaite. Pour une chambre contemporaine, la ballerine juponnée apporte une touche de poésie sans excès de baroque.
Les juponnés d'Illumine
Dans mon atelier de Cormeilles, en Normandie, je réalise chaque abat-jour juponné entièrement à la main. Juponnés à col en soie ivoire, ballerines en organza rosé, modèles à franges en passementerie de soie : chaque pièce est unique et conçue pour durer. Pour en savoir plus sur mon processus de création, découvrez mon atelier de fabrication artisanale. Vous pouvez également me confier une création sur mesure : dimensions, tissu, couleur de jupe et finitions de col seront choisis ensemble.
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