Origines du métier d'abajouriste
Le métier d'abajouriste naît entre le XVIIIe et le XIXe siècle, au moment où l'éclairage artificiel — bougies, lampes à huile, puis gaz et électricité — se répand dans les intérieurs européens. L'abat-jour, initialement conçu pour atténuer et diriger la lumière, devient rapidement un objet d'art décoratif à part entière.
Dans les grandes maisons parisiennes, les abajouristes travaillent aux côtés des tapissiers et des ébénistes pour créer des pièces d'exception, habillant les luminaires de soie, de taffetas et de franges somptueuses. Chaque décennie apporte ses formes — pagode, empire, conique, tambour — reflétant les évolutions du goût et de l'art de vivre à la française.
Compétences et techniques
L'abajouriste possède un répertoire technique vaste et exigeant. Chaque méthode demande des années de pratique pour être véritablement maîtrisée :
- Contrecollé — le tissu est collé sur un polyphane (film plastique rigide), permettant des formes géométriques précises et une finition tendue irréprochable.
- Cousu — le tissu est tendu et cousu directement sur la carcasse métallique, technique traditionnelle qui exige une grande précision de coupe.
- Plissé — des plis réguliers ou irréguliers sont formés à la main dans le tissu, créant un jeu de lumière et de relief unique.
- Frangé — l'ajout de passementeries, galons et franges apporte la touche finale qui signe une pièce d'exception.
À ces gestes s'ajoutent la connaissance approfondie des carcasses métalliques — rondes, carrées, à festons, pagode — et la maîtrise des textiles : soies, lins, cotons, taffetas, et même papiers spéciaux. L'abajouriste doit également comprendre la lumière : comment un tissu la filtre, la diffuse ou la réfléchit.
Se former au métier
Il n'existe aucun diplôme ni école dédiée au métier d'abajouriste en France. Ce savoir-faire se transmet essentiellement par l'apprentissage auprès d'un artisan confirmé ou, pour les plus déterminés, par l'autoformation patiente et la pratique quotidienne. Quelques rares ateliers proposent des stages d'initiation, ouvrant les portes de cette discipline à un public passionné.
Chez Illumine, Sylvie Lemarchand propose des ateliers de formation à la technique du contrecollé, de l'initiation au perfectionnement. Une occasion unique de découvrir les gestes de l'abajouriste et de repartir avec sa propre création.
Distinctions et reconnaissances
Le titre de Maître Artisan d'Art est la plus haute distinction artisanale en France, décernée par la Chambre des Métiers et de l'Artisanat. Il récompense un savoir-faire d'excellence, un engagement dans la transmission et une contribution remarquable à la préservation des métiers d'art. Le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant), délivré par l'État, distingue quant à lui les entreprises françaises détentrices d'un savoir-faire artisanal ou industriel d'excellence.
Le parcours de Sylvie Lemarchand
Autodidacte passionnée, Sylvie Lemarchand ouvre son atelier à Cormeilles, en Normandie, en 2008. Sa détermination et sa curiosité insatiable pour les matières et les formes la conduisent à perfectionner son art au fil des années, explorant aussi bien les techniques classiques que les approches contemporaines.
Son travail rigoureux et sa quête d'excellence lui valent le titre de Maître Artisan d'Art, reconnaissance suprême qui salue son savoir-faire et son engagement dans la transmission. Elle fait partie des très rares abajouristes distinguées en Normandie et consacre une partie de son activité à former les générations futures lors de ses ateliers.
Découvrez son histoire complète sur la page À propos.
Le métier d'abajouriste aujourd'hui
Avec moins de 50 professionnels en France, le métier d'abajouriste figure parmi les artisanats les plus menacés. La production industrielle a largement supplanté la fabrication manuelle, et la transmission du savoir-faire repose presque exclusivement sur l'engagement de quelques artisans déterminés.
Pourtant, un renouveau se dessine. Les amateurs de décoration intérieure redécouvrent la beauté et la valeur d'un abat-jour fait main : la qualité inégalée des finitions, la possibilité du sur-mesure, la noblesse des matières. Dans un monde de production standardisée, l'abat-jour artisanal incarne un luxe discret et durable.
Comment soutenir cet artisanat
Préserver le métier d'abajouriste, c'est préserver un patrimoine vivant. Pour choisir votre fabricant d'abat-jour artisanal, vérifiez ses certifications et visitez son atelier si possible. Voici comment y contribuer :
- Acheter artisanal — privilégier un abat-jour fait main plutôt qu'un produit industriel, c'est soutenir directement un savoir-faire vivant.
- Participer à un atelier — découvrir les gestes de l'abajouriste, c'est comprendre la valeur de chaque pièce et contribuer à la transmission.
- Faire connaître le métier — parler de cet artisanat autour de vous, partager le travail des abajouristes sur les réseaux sociaux, recommander un artisan à vos proches.